Remettre la langue anglaise à sa juste place

« Une culture ne meurt que de sa propre faiblesse » (André Malraux)

 

L’amitié franco-américaine remonte au traité de Versailles de 1783, qui reconnaît  l’indépendance des 13 colonies anglaises d’Amérique du nord, pour laquelle le marquis de La Fayette se bat efficacement en alliant son effort militaire au côté du général George Washington à la diplomatie active de son ami Benjamin Franklin.

L’entente cordiale franco-anglaise remonte au traité de la Quadruple-Alliance de 1834, signé par Talleyrand pour le roi Louis-Philippe et Palmerston pour la reine Victoria, afin de régler le différend entre l’Espagne et le Portugal. L’entente se consolide en 1904 lorsque les deux pays règlent leurs différends coloniaux aux quatre coins de la planète.

Ces liens se confirment à chaque épreuve et permettent de traverser les affres de deux siècles d’histoire. Il me paraît bon de le rappeler, par fidélité aux  engagements de nos pays et par respect envers toutes les vies humaines qui ont été sacrifiées pour les défendre.

La seconde moitié du XXème siècle permet aux États-Unis, après leur rôle déterminant dans le conflit mondial, d’affirmer leur domination sur l’Europe, aux plans politique, économique et culturel. La langue anglaise s’impose progressivement à tous, notamment par le développement de l’enseignement secondaire accessible à tous les jeunes. Les nouvelles technologies des années 2000 et la mobilité des citoyens du monde accentuent ce phénomène au point que l’anglais est considéré par beaucoup comme langue internationale, langue mondiale, langue incontournable, langue obligatoire, pourtant sans statut officiellement reconnu. En effet, l’Organisation des Nations Unies, dont les deux langues de travail de son secrétariat sont l'anglais et le français, a six langues officielles : l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le français, le mandarin et le russe.

Or l’année 2016 apporte deux évènements d’importance, qui pourraient ou devraient avoir des conséquences sur l’hégémonie de la langue anglaise : le référendum du 23 juin au Royaume-Uni et l’élection du président des États-Unis le 8 novembre.

Est-ce que le brexit et l’avènement du trumpisme va enfin contribuer à faire s’élever des voix pour réclamer un débat sur l’usage abusif de la langue anglaise ?  Pour ma part, je trouve que c’est l’occasion de clamer qu’il est temps de remettre cette langue à sa juste place et de soumettre cette question au débat. Il va falloir enfin être Québécois ! Si les Britanniques veulent quitter l’Europe et les Américains se recentrer sur leur fédération, je ne vois pas pourquoi on devrait accorder à la langue anglo-américaine la place abusive qu’elle occupe actuellement. Je ne parle pas des mots et termes adoptés en raison d’inventions ou de créations originales. De tous temps les langues ont emprunté des mots de ce genre sans aliéner leur civilisation. Des mots comme kamikaze, vasistas, farniente, kifkif, kermesse, bistro, sandwich, pull-over, ont abondé la langue française sans mettre à mal la francophonie. De même des mots français sont repris dans de nombreuses langues. Mon propos se veut plutôt de dénoncer un phénomène beaucoup plus grave et qui ne concerne pas que le français.

Beaucoup d’Européens considèrent que savoir l’anglais est utile. Certes, mais de là à faire de cette langue l’outil de communication unique et systématique entre les ressortissants de différents pays ! Cette attitude conduit à une soumission à la culture anglo-saxonne (plutôt américaine), qui n’est pas la culture française, ni celle de nos pays partenaires de l’Europe. De plus, cela relève d’un simplisme, qui mène souvent à l’approximation ou à l’erreur, au ridicule ou à l’incongru. Et je citerai volontiers le journaliste J-C Lewandowski (blog Focus Campus) « la langue, faut-il le rappeler, c’est bien plus qu’un véhicule pratique pour des échanges commerciaux ou techniques. Ce sont aussi des idées, le reflet d’un mode de vie, une façon de penser le monde. Tout cela n’est pas neutre. Et on le brade, sans même y penser, sans que cela fasse débat ! Même les Belges, les Suisses ou les Québécois se disent effarés par notre propension à abandonner le français ».

 

En effet, pour exprimer, oralement et par écrit, un enchaînement d’idées, des articles de presse, des ouvrages littéraires, pour concevoir et décrire des travaux de recherche scientifique, la plupart des sujets non anglophones ne le feront jamais aussi bien que dans leur langue maternelle. S’exprimer en anglais correctement nécessite un niveau de pratique très rarement atteint. Or, c’est cette imperfection, cette insuffisance, qui place les non anglophones en position défavorable par rapport aux anglophones. Par ailleurs, qui n’a pas déjà souri ou rouspété devant les notices écrites en supposé anglais provenant d’Asie, mais pas seulement ? Qui n’a pas déjà souri en entendant l’accent d’un Indien ou d’un Égyptien qui parle anglais ? Et je n’ose évoquer l’accent français ! Et, lors de visites touristiques, combien de personnes lisent vraiment la version anglaise qui double le texte présenté dans la langue du pays, preuve du piètre niveau d’anglais du voyageur lambda ?

Tous ces aspects montrent qu’à ce jeu-là les anglophones de naissance auront toujours un avantage sur les autres, pour vanter leur produit, pour faire valoir leur travail. Cela les conduit même à faire irruption dans n’importe quel pays en s’adressant sans gêne dans leur langue à n’importe quel commerçant ou chauffeur de bus ou passant dans la rue dans la langue descendant de celle de Shakespeare…

Dans toute l’Europe et au-delà, l’obédience dont font preuve les élites des pays non anglophones à l’égard de la langue de la nation outre atlantique qui impose au monde son modèle économique est affligeante. Pour la France, c’est d’autant plus lamentable au regard de son histoire et du prestige dont elle jouit dans une grande partie du monde. Le comble est que la francophonie n’est pas défendue, du moins pas assez, par les Français eux-mêmes, alors qu’elle l’est plus ardemment par les Africains, les Québécois, les Belges et les Suisses francophones !

Pendant ce temps, les peuples sont intoxiqués par les médias inféodés au modèle culturel américain et personne ne semble réagir au refus des États-Unis de ratifier la convention pour la Diversité culturelle mise en place par l’UNESCO. On sait comment, malgré les clauses de sauvegarde prévues dans les accords du GATT dès 1948, les États-Unis ne ratent pas une occasion de saper l’exception culturelle, qu’il a encore fallu défendre en 2013, dans le cadre des négociations commerciales entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Pour l’Amérique, chantre du libéralisme économique, la culture n’est qu’une valeur marchande, comme un produit manufacturé. Ce n’est pas avec le président Trump et le congrès à majorité républicaine que l’on peut espérer une collaboration plus équitable. Pour eux il ne sert à rien d’apprendre les langues puisque tout le monde parle anglais ! Seul Barak Obama, qui a avoué sa gêne, lorsqu’il va en Europe, de ne savoir dire que « merci beaucoup », et quelques démocrates sont sensibles à l’importance de la pluralité linguistique du monde. A moins que Madame Trump qui, en bonne élève de la Yougoslavie de Tito, a appris cinq langues, dont le français, tempère à la manière d’une Carla Bruni la rusticité du nouveau président…

Il est donc grand temps de prendre acte de l’impact des deux évènements majeurs de cette année, la programmation du brexit et l’installation du trumpisme. Le nouveau positionnement du Royaume-Uni et des États-Unis devra aboutir à modifier la perception qu’ont les autres pays de la suprématie de la langue anglaise.

En France, les universités et surtout certaines grandes écoles font de plus en plus de l’anglais la langue obligatoire, au prétexte d’attirer des étudiants étrangers et des enseignants étrangers non francophones. Soit, mais le débat sur la langue retenue pour la diffusion en libre accès des travaux universitaires persiste, à tel point que la directrice du collège doctoral de l’université Paris-Saclay intervient dans la presse pour démontrer, avec preuves statistiques, que « les 15 dernières années n’ont pas été une période de perte de visibilité pour les thèses rédigées en langue française ou de marginalisation du français par rapport à l’anglais, mais au contraire une période de très forte augmentation de la visibilité des thèses en français. Le français n’a pas perdu de terrain, bien au contraire ! » Mais attention, elle précise que le choix de la langue de rédaction ne doit en aucun cas nuire à la qualité rédactionnelle des thèses, car plus celles-ci seront visibles plus les exigences de qualité augmenteront. Le choix de la langue dépend aussi de la langue maternelle des doctorants et de leurs projets professionnels. Les doctorants dont la langue maternelle n’est pas le français sont nombreux à choisir de rédiger leur thèse en français en vue de poursuivre leur carrière en France ou de démontrer leur expérience internationale s’ils repartent à l’étranger. Mais comme ils ont à rédiger des articles et à participer à des colloques en anglais pendant leur doctorat, la barre est placée très haut pour eux ! On retrouve l’iniquité que j’évoque plus haut du fait de la suprématie de l’anglais. Si cette analyse sérieuse apporte un vent plutôt positif et optimiste, il faut la mettre en balance avec la situation des écoles de commerce décrite dans le blog Focus-Campus hébergé par le Monde. Le directeur de l’ÉDHEC (L'École des hautes études commerciales du Nord) « regrette de devoir s’agenouiller devant la langue anglaise », tandis queles inscriptions de l’École de Management de Lyon se font en anglais et que l’École Supérieure de Commerce de Dijon-Bourgogne se rebaptise « Burgundy School of Business », ça, pour du visible, c’est visible ! Pourtant, les étrangers qui choisissent de venir faire leurs études en France ne cherchent pas forcément à retrouver un environnement anglophone et ils sont peut-être intéressés par la langue et la culture de notre pays. Heureusement, l’Institut d’Administration des Entreprises d’Aix-en-Provence et l’École de Management de Normandie sont plus respectueux de la francophonie et, bien qu’organisant des cours en anglais, ils mettent des conditions de doublage anglais/français et organisent des séminaires d’accueil et d’initiation à la culture française. « Nous sommes une école française à vocation internationale » annonce le directeur de l’ÉM Normandie. Souhaitons que ces joyaux de la culture française, dans leur course effrénée au classement, trouvent  le juste chemin pour affronter la mondialisation, sans sacrifier leur âme pour sauver leur réputation !

Dans un tout autre domaine, je vais m’efforcer de citer quelques initiatives de nos compatriotes qui ne manquent pas de susciter mon étonnement.

Carrefour et l’hymne des Bleus pour la coupe d’Europe de football 2016 ! Encore heureux que cela ait fait polémique ! Quelle raison commerciale ou autre a présidé à ce choix d’un texte en anglais ? Il faut dire que déjà en 1998 les Bleus de l’époque chantaient « I will survive » sur le perron de l’Élysée ! Imagine-t-on l’Angleterre ou l’Italie ou l’Allemagne ne pas choisir leur langue nationale pour une occasion similaire ? Souvent les bras m’en tombent.

L’opération « # I love Nice », est unebelle initiative prise par la ville pour se remettre du terrible évènement du 14 juillet. Vous allez sur le site et vous enregistrez une vidéo pour dire comment vous aimez Nice et le jeu consiste à dire à la fin la formule I love Nice, qui signifie j’aime Nice. Quand je pense aux nombreux étrangers que je connais, ils aiment tous écouter la langue française, parlée et chantée et, même ceux qui ne savent pas le français, ils comprennent tous les mots amour et j’aime. Et le site évoque aussi la French Riviera, il me semble que Côte d’Azur n’aurait rien gâché non plus ! Les bras m’en tombent.

Récemment, mon oreille a capté l’expression « fashion week » à la radio. J’ai compris qu’il s’agissait d’une manifestation concernant la mode et je me suis dit que ça devait être à Londres ou New-York. Eh bien non, c’était à Paris. Et moi qui croyais que la capitale française était la championne historique de la mode, j’en suis pour mes frais. Les journalistes n’ont cessé de répéter le titre de l’évènement en anglais sauf un qui une fois a dit « la semaine de la mode ». Je n’en revenais pas. Les bras m’en sont remontés un peu.

Euronews. Créée en 1993 par 10 groupes audiovisuels publics européens pour concurrencer l'américaine CNN, elle se définit comme la télévision européenne d'information. Son siège est à Écully près de Lyon. Il n’y a pas de présentateur à l'antenne et elle diffuse en 13 langues. Résultats : Les pages d’information sont effectivement lues dans les langues définies. Bien ! Mais les dépêches qui défilent en bas de l’écran sont en anglais pour tout le monde. Ensuite, c’est encore pire : la publicité s’affiche en anglais et se nomme « ad », les cartes de la météo montrent les villes dans l’orthographe du pays à l’ouest, mais en anglais à l’est. Quant à la séquence cinéma, elle présente les films américains garantis au succès, laissant peu de place à la production européenne. Les bras m’en retombent.

Mais ils ne pourront jamais tomber aussi bas que lorsque je regarde ce qui se passe au concours Eurovision de la chanson, splendide initiative des années 50, lancée par le directeur de la télévision suisse, inspirée par le festival de San Remo. Sept pays participent au premier concours en 1956, une quarantaine aujourd’hui.. Son succès a dépassé les frontières du continent européen et a inspiré de nombreuses autres compétitions. Regardons l’envers du décor au niveau des langues : dans les années 60, chaque concurrent chantait dans  la langue de son pays, ça n’était pas dans le règlement, car c’était une évidence. Toutefois en 1965, le suédois a chanté en anglais, il n’a pas gagné mais s’est fait beaucoup critiqué. Attention : 1974, c’est la victoire du groupe suédois (encore une fois) Abba avec le célèbre succès Waterloo, chanté en anglais. Cela lui valut d’entrer au Billboard américain et c’est ce qui explique l’évolution suivante : dernière victoire en langue allemande (1982), en français (1988), en italien (1990), en norvégien (1995), le reste depuis 20 ans c’est en anglais qu’on chante la Pologne, la Grèce, le Portugal, la Bulgarie, etc… Bravo l’Europe plurilingue ! Bravo la diversité culturelle ! Mes bras sont à terre et moi atterré. Pourquoi diable y aurait-il fatalité à ce que les chansons n’aient de succès qu’en anglais ? Le jeune chanteur Stromae a démontré ces dernières années qu’on peut obtenir un large succès à l’international avec des chansons en français. Il faut dire qu’il est Belge !

Autre signe des temps, qui vaut la peine d’être observé : Education First, célèbre institut américain investi dans l’apprentissage des langues, se permet sans vergogne d’organiser l’évaluation des étudiants chaque année pour mesurer les performances en anglais de chaque pays, leurs progrès d’une année sur l’autre et, un comble, d’éditer un classement avec commentaires, comme au conseil de classe du lycée ! La France, bien évidemment, est mal classée et ne fait pas les progrès attendus, d’où l’affolement de certains esprits prêts à vendre leur âme. Au fait, quand allons-nous évaluer les étudiants américains dans l’apprentissage de l’espagnol, de l’allemand, du français, du chinois ou du russe ? Dur, dur !

Il ne faut pas croire que ce n’est qu’en France que quelques esprits attentifs observent et condamnent l’hégémonie de la culture américaine que la langue anglaise contribue insidieusement à véhiculer. Les régions et pays francophones que l’on trouve au Canada, en Belgique, en Suisse, en Afrique, œuvrent pour la défense du français. La Verein Deutsche Sprache, qui organise depuis 2001 une journée de la langue allemande et l’Institut Goethe œuvrent  pour la défense et la promotion de leur langue, l’Accademia della Crusca de Florence et la Farnesina font la promotion de la langue italienne, de même l’Institut Cervantes pour l’espagnol, la Cidade Lusa pour la défense du Portugais (Portugal, Brésil, Angola, Macao…). Souvent la problématique est double : défendre leur langue devant l’invasion de l’anglais dans leur sphère d’influence, mais également promouvoir leur langue comme première ou seconde langue étrangère enseignée aux étudiants.

Après ce survol de situations diverses et variées, il faut conclure sur les possibilités d’agir. Quelles pistes s’offrent alors aux Européens ?

Tout d’abord, tourner les regards vers le Parlement européen, dont le fonctionnement exemplaire, à cet égard, s’attache à traiter toutes les langues à égalité. Ce qui suppose de s’en donner les moyens. C’est possible, les interprètes sont là pour ça et les moyens techniques évoluent favorablement. C’est une possibilité qui fait encore sourire, quand on voit les traductions proposées par les logiciels actuels, mais les progrès arrivent. Il faut surtout le vouloir…

Tous les organismes de niveau international devront fonctionner de même. Il faut donc traiter toutes les langues à égalité et, si brexit il doit y avoir, il faut retirer l’anglais là où il n’a plus sa place. Il faudra de toute façon entreprendre une démarche de « désanglicisation » de tout ce qui peut l’être au niveau des institutions européennes et de ce qui s’y rattache.

Par exemple, la chaîne de télévision Euronews devra ôter la partie anglaise de son dispositif. Le concours Eurovision de la chanson devra se passer des subventions que les états lui accordent actuellement, à moins qu’il ne retourne à la logique « un pays = une langue reconnue de ce pays ». N’est-il pas critiquable, sinon scandaleux, voire suicidaire, que les états financent une manifestation dont le résultat revient à la promotion d’une langue sur toutes les autres ?

Une autre piste consiste à lancer ou relancer tous les gouvernements, y compris et surtout le nôtre, dans des actions fortes envers tous les organismes publics, les associations, le monde de l’entreprise, du spectacle, du sport, pour rappeler sans cesse de respecter l’usage de la langue nationale et de promouvoir l’apprentissage des langues des pays partenaires, notamment les voisins, qui sont justement souvent les principaux partenaires !

Les états devront également, au niveau scolaire, ce qui se fait déjà en France, mais mal coordonné et insuffisamment expliqué aux parents, enseigner aux très jeunes enfants d’autres langues que l’anglais, en misant sur la proximité des états voisins ou sur leurs origines familiales ou sur les échanges tels les jumelages inter-villes réalisés par leur commune. S’il est compréhensible que les parents souhaitent que leurs enfants apprennent l’anglais, il faut insister sur les avantages énumérés ci-dessus qu’offrent aussi l’apprentissage des autres langues. L’Italie montre l’exemple dans la partie jouxtant la frontière française. En effet, les enfants italiens des écoles situées entre Vintimille et San Remo apprennent tous le français à l’école primaire. Autre exemple, le directeur d’une grande école de commerce des Alpes-Maritimes dit aux chefs d’établissement des collèges et lycées réunis dans son établissement : « Insistez sur le travail d’équipe et l’apprentissage des langues, je dis bien des langues ! ». pas mal sa façon d’insister ! Il convient de citer ici l’exemple de ce jeune ingénieur français, employé en France par une entreprise mondiale, qui fait l’effort d’apprendre le portugais pour correspondre avec son partenaire professionnel du Brésil, qui lui ne sait pas l’anglais ! Insistons aussi sur la dynamique que peuvent induire les jumelages. Je me souviens d’avoir vu le lycée d’Idrija, ville de Slovénie jumelée avec Aumetz, commune de Lorraine, doubler le nombre de ses élèves choisissant le français en deuxième langue à l’entrée en seconde, il est passé de 15 à 30, dès que le jumelage s’est concrétisé par des rencontres entre jeunes sur des thèmes culturels, sportifs et ludiques.

Et enfin, pour prendre en compte le développement du tourisme, je propose d’établir  une charte commune des comportements du voyageur et des pays hôtes, fondée sur la politesse, la serviabilité, la sécurité, la clarté et la pertinence des informations et le respect des cultures nationales et régionales. On remarquera que tous les guides de voyage sérieux comportent des pages consacrées aux conseils de comportement (faut-il se serrer la main ? se courber ? embrasser ?) et aux paroles de base pour saluer, remercier et s’excuser.

En somme, je suis sûr qu’il se trouve, assez répandu parmi les sujets européens, un désir d’arriver à une Europe, dans laquelle chacun serait fier de son patrimoine national et régional, ouvert sur les autres patrimoines dans le respect et l’équité, refusant d’être subrepticement inféodé à une culture issue d’un autre continent, prêt à partager avec tous les autres Européens une fierté commune d’appartenir au même ensemble porteur des valeurs d’humanisme, que l’histoire lui a léguées. Et pour tendre vers cet objectif, il faut adapter notre attitude vis-à-vis des langues et commencer par dire, sans céder à la facilité, ni à la fatalité, « halte au tout-en-anglais ! ».

Nice, le 14 novembre 2016