La presse italienne se fait l’écho d’un débat controversé sur la création d’un musée du fascisme. Si ce projet voit le jour, à Rome ou ailleurs, nul doute que la politique linguistique de Mussolini y prendra une place importante ! Pour Mussolini, la fierté nationale doit se traduire par une créativité de la langue nationale. L’écrivain célèbre Gabriele d’Annunzio et bien d’autres ont apporté leur concours pour inventer ou fabriquer des mots italiens comme calcio, tramezzino, manifesto, lista, pour remplacer football, sandwich, affiche et menu. Ces créations se sont avéré des succès, puisque ces mots sont toujours employés aujourd’hui, ce qui ne fut quand même pas le cas de toutes ces inventions. Il est un cas particulièrement intéressant : celui de la mode.

Dans Eleganza fascista, son essai paru récemment sur la mode italienne des années 20 à la fin de la guerre, Sofia Gnoli raconte comment le gouvernement fasciste a su user de moyens de pression sur la langue pour renforcer le sentiment d’une nation fière, capable de se suffire sans les autres.

Alors que le secteur de la mode était déjà depuis longtemps très créatif en Italie, c’est Paris qui donnait le ton et les pays étrangers adoptaient généralement le vocabulaire français, comme cela se passe dans beaucoup de domaines. Cela ne pouvait convenir à un gouvernement soucieux de montrer au monde la supériorité de la mode italienne et de faire de celle-ci une ambassadrice de l’italianità.

Ainsi, Cesare Meano fut chargé, en 1936, de rédiger un Commentario-Dizionario Italiano della Moda, à l’intention de toute la profession et des journalistes rédigeant les revues. Le tailleur est devenu completo a giacca, le smoking giachetta da sera, le golf panciotto a maglia, le pied de poule millezampe, la silhouette figurina, le négligé disordine, la trousse scarabattola, le jersey punto calza, le chignon cignone, etc...

Il ne semble pas que cela ait bien marché, mais il n’est pas interdit de penser que, sans obtenir un franc succès dans l’italianisation du vocabulaire de la mode, (ce qui est bien dommage pour ceux qui comme moi préfèreraient entendre settimana della moda plutôt que fashion week...), l’élan volontariste qu’a donné à l’époque le gouvernement fasciste a contribué positivement au dynamisme de ce secteur, qui fait que la mode italienne est reconnue universellement.