Patrick Bruel dans la Famiglia, long métrage en compétition à la Mostra de Venise, manie avec aisance la belle langue de Dante et joue un rôle sévère dans la production de Sebastiano Riso, jeune auteur italien de 34 ans : il est le compagnon d’une pauvre femme désespérée, interprétée par Micaela Ramazzotti, contrainte de vendre ses bébés au marché noir…

Riso, diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Rome, s’est déjà distingué à Cannes en 2014 avec son premier long-métrage, Mezzanotte. Que lui réserve le palmarès de Venise pour La Famiglia ? Réponse samedi. Mais c’est déjà un succès pour le cinéma italien, donc pour la langue italienne, qui a le vent en poupe, grâce à la récente loi de soutien à l’industrie cinématographique.

La créativité italienne est telle que les frères Manetti présentent en napolitain Ammore e Malavita (amour et pègre) une comédie musicale appelée à remporter un franc succès. La langue napolitaine (napulitano) est reconnue comme telle en 2008 par la région de Campanie. On l’entend dans les rues de Naples, parlée et souvent chantée. Gagnerait-elle quelques lettres de noblesse, alors que l’histoire l’a plutôt malmenée ?

Issu du latin comme tant d’autres idiomes de l’Europe du sud, le napolitain a subi depuis deux millénaires les influences successives de dominations venant de l’extérieur : les colonies grecques, les marchands byzantins, les Arabes, les Normands, les Français, les Aragonais, les Espagnols et même les Américains, qui ont littéralement occupé Naples à la fin de la seconde guerre mondiale et même après, le célèbre It's now or never (sur l'air d'O Sole Mio) d'Elvis Presley date de son service militaire à Naples en 1960 !

L'unité italienne a laissé au second plan le napolitain, surtout sous la didacture du Duce. Mais la vivacité de la langue napolitaine, tenue au rang de dialecte, est sans doute plus importante qu'on ne le croit et explique peut-être les résultats médiocres obtenus dans les enquêtes Pisa par les élèves du sud de l'Italie comparés à ceux du nord...