Commentaires sur "Au collège, dès la 6è : oui à la voie du bi-langue pour tous !" (article publié en juillet :  Bilangue_6juillet_2017)

Vous nous donnez un bel exemple de persévérance d'un chef d'établissement pour la promotion de l'enseignement bi-langue dès la 6ième. J'imagine la somme de travail, d'investissement personnel et la faculté de persuasion qu'il lui a fallu pour parvenir à ces résultats. A l'Education Nationale maintenant de généraliser cette expérience mais veut-on (peut-on) lui en donner les moyens?
Si l'on veut réussir un véritable enseignement bi-langue au collège, trois autres conditions me semblent nécessaires:
- un meilleur suivi (une meilleure formation initiale et continue) des professeurs de langue : peu savent motiver les élèves. Ce n'est peut-être pas leur "faute", mais plutôt celle de leur formation. On peut donc y remédier. (1)
- Un plus grand contact avec des élèves étrangers. Est-il normal par exemple qu'un collégien, au cours des 4 années de cursus, ne puisse se rendre au moins une semaine dans un pays étranger pour être en contact avec la langue "réelle"? Cela est encore beaucoup trop fréquent. Dommage car l'on est souvent plus motivé dans l'apprentissage d'une langue quand on a rencontré des pairs avec qui l'on a passé de bons moments ou fait des bêtises ! (2)
- un changement d'attitude de la part de professeurs. Pour caricaturer par exemple, les professeurs d'allemand se présentent souvent comme des gens austères; ils insistent sur le fait que l'allemand est une langue exigeante, faite pour les "bons élèves". N'est-ce pas scier la branche sur laquelle on est assis ? Comment s'étonner que l'allemand soit ensuite de moins en moins choisi, même dans l'Est de la France ? (3)
Peut-être que l'Europe pourrait encourager l'enseignement bi-langue de manière plus volontaire sur tout le continent ? Elle n'apparaitrait plus alors seulement comme le Père Fouettard de l'austérité, austérité qui freine d'ailleurs l'enseignement d'autres langues que l'anglais, mais aussi comme un modèle du plurilinguisme partagé. Ce serait une image nettement plus positive !(4)

Réponse de l’auteur de l’article au lecteur qui a émis ces commentaires :

Merci, cher Monsieur, pour vos commentaires encourageants et pertinents. Je souhaite vous répondre sur les 4 points que vous abordez.

(1)        Vous évoquez la formation des enseignants de langue vivante : elle est sans doute perfectible, comme toutes les autres formations, et vous avez raison de ne pas céder à la critique négative. Il faudrait également s’arrêter sérieusement sur les conditions dans lesquelles ces professeurs travaillent dans des classes de 25 à 35 élèves. Rares sont les moments dont ils disposent pour un travail efficace avec des groupes d’effectif restreint !

(2)        Ensuite vous trouvez que nos élèves ne vont pas assez dans les pays étrangers pour se motiver et améliorer leur apprentissage. C’est plus que vrai, mais pourtant il faut voir les efforts que font certains professeurs, dans le contexte actuel de normes et de risques, pour emmener leurs groupes d’élèves dans les pays concernés. Je reconnais que cela est positif pour l’éveil de l’intérêt d’apprendre des langues, mais insuffisamment efficace. J’ai eu moi-même, petit élève des années 60, la chance d’effectuer des séjours en famille chez mon « correspondant » et j’en ai tiré le plus grand bénéfice. Donc oui aux échanges un pour un, en famille, mais ce n’est pas si simple !

(3)        Le cas des professeurs d’allemand : vous avez raison, trop souvent ils épousent la rumeur, très discutable, présentant l’allemand comme difficile, voire la plus difficile, des langues proposées à l’apprentissage, avec pour conséquence une sélection inadmissible d’élèves et une baisse tragique du nombre de volontaires. Quelle erreur stratégique et quel dommage pour l’Europe ! Beaucoup d’élèves (leur famille !) ont choisi l’allemand en première langue et l’anglais plus tard, uniquement par opportunisme (être dans une bonne classe). Or, pour m’intéresser aux langues, je me permets de dire qu’elles sont toutes difficiles et qu’on n’y arrive pas sans peine. J’ai souvent l’occasion de m’exprimer en italien et je bute souvent sur les pluriels et le subjonctif. J’ai vécu et travaillé en milieu anglophone, j’ai enseigné l’anglais à des petits Français et le français à des étrangers et je n’ai jamais trouvé l’anglais facile ! Les responsables éducatifs et les familles doivent encourager l’effort et le  travail, même si ce n’est pas la mode, sans faire le croquemitaine, mais en valorisant le mérite, le plaisir de déjouer les difficultés, même au prix d’erreurs, et la satisfaction de mesurer les progrès accomplis. On y arrive avec du respect partagé et de la confiance…

(4)        Vous terminez par un vœu d’Europe plurilingue. Mais pas d’un continent qui, tout en ne faisant que baragouiner l’anglais, érige cette langue en langue officielle incontournable, avec le souci du bon élève zélé qui suit laborieusement de son mieux le modèle américain, libéral pour les dominants et oppressif pour les autres, recréant une injustice sociale égalant celle d’avant la révolution de 1789 lorsque les nobles bénéficiaient ès qualité des « privilèges » abolis dans la nuit du 4 au 5 août. Il faut donc encourager tous les dirigeants de ce continent, à commencer par le président français, mais pas seulement lui, à prendre conscience, si ce n’est pas encore fait, de la nécessité de constituer une entité forte à tous points de vue, devant les défis du monde en évolution. Cela passe, entre autres, par le respect et la valorisant des langues et cultures des pays qui la composent. Ce qui suppose des actions concrètes, parfois simples, parfois volontaristes, au sens où l’on sait qu’on y arrivera pas à 100%, mais qu’il faut « tendre vers » au maximum possible. C’est pourquoi la mesure récemment prônée par le président Macron pour un Erasmus de l’enseignement secondaire et l’obligation d’apprendre au moins 2 langues étrangères doivent être débattues dans les médias et réclamées et appliquées le plus vite possible. En veillant quand même à ce que toutes les langues en soient bénéficiaires, ce qui sera une autre histoire !