À propos de la polémique sur le « vivre ensemble, version femmes-hommes », voici comment réagit la très littéraire prix Goncourt 2016 Leila Slimani, que le président Macron a désignée comme sa représentante pour la francophonie. Dans ces moments de la vie, quotidiens et banals, je réclame le droit de ne pas être importunée. Le droit de ne même pas y penser. Je revendique ma liberté à ce qu’on ne commente pas mon attitude, mes vêtements, ma démarche, la forme de mes fesses, la taille de mes seins. Je revendique mon droit à la tranquillité, à la solitude, le droit de m’avancer sans avoir peur. Je ne veux pas seulement d’une liberté intérieure. Je veux la liberté de vivre dehors, à l’air libre, dans un monde qui est aussi un peu à moi. Car au fond se cache, derrière cette soi-disant liberté d’importuner, une vision terriblement déterministe du masculin : "un porc, tu nais". Les hommes qui m’entourent rougissent et s’insurgent de ceux qui m’insultent. Et, en moi, palpite la peur de toutes celles qui, dans les rues de milliers de villes du monde, marchent la tête baissée... Dans les rues du Caire, de New Delhi, de Lima, de Mossoul, de Kinshasa, de Casablanca, les femmes qui marchent s’inquiètent-elles de la disparition de la séduction et de la galanterie ? Ont - elles le droit, elles, de séduire, de choisir, d’importuner ?

Il est vrai que jusqu’à maintenant on entend ou lit des femmes qui ne sont pas Madame Toutlemonde. Les instituts de sondage ne vont pas manquer d’y palier. Cela élève le débat, peut-être. Cela donne à penser qu’il y a un débat, mais ce sont plutôt deux points de vue valables et respectables, qui ne regardent pas le problème au même niveau. Il n’y a personne qui cautionne le non-respect de la femme par l’homme. Il y a d’un côté une volonté louable de dire halte à la violence et la vulgarité, mais dans un emballement et une délation généralisée non vérifiable qui donne à penser à certains que cela peut laisser place à un puritanisme ordre moral qui ne correspond pas au mode de vie « européen » mais plutôt à ce que l’Amérique nous envoie subrepticement (cela rejoint l’objet de mon blogue !). Il y a donc de l’autre côté une façon mal comprise ou mal exprimée de vouloir respirer un grand coup et de retrouver un peu de sang froid pour mieux circoncire le problème et le traiter dignement. En fait ces fameux réseaux dits sociaux, qui dévoient plutôt le mot social, focalisent et éparpillent en même temps et ça finit par énerver tout le monde. Dommage, car c’est très beau ce qu’a écrit Leila Slimani et c’est aussi très souhaitable de ne pas inhiber la fantaisie et le plaisir d’un monde libre. Et ce serait très moche de laisser penser que les deux ne sont pas conciliables.