3 mots en anglais pour Paris 2024 : et si Pierre de Coubertin était d'accord ?

On connaîtra ce soir la devise (slogan) de la candidature de Paris pour les JO 2024, en anglais hélas, au grand dam des résistants à l’impérialisme économico-culturel américain. Pas d'arrogance et efficacité, disent les décideurs, puisque la majorité des 89 membres du comité olympique aurait demandé les dossiers en anglais. Pourtant, on peut être efficace et même brillant, en trouvant 3 mots français évocateurs au monde entier et en proposant les dossiers dans un maximum de langues, à l'instar des notices des produits made in PRC ! Reconnaissons à nos responsables le mérite d'avoir réfléchi à la question, il faut gagner ce défi pour des raisons allant au-delà de la tenue des JO. Donc, pas de polémique SVP ! La France est embarquée sur un seul navire, il nous faut désormais tous ramer dans le même sens ! Quant au baron Pierre de Coubertin, il faut savoir que c'était un anglophile, qui s'est battu pour convaincre les responsables éducatifs et sportifs parisiens de faire évoluer l'éducation française sur la base du modèle anglais (lire "L'Éducation Anglaise en France" écrit en 1889). Donc, rien ne dit qu'il n'eût pas penché aujourd'hui pour le choix de nos décideurs. Quant au mot slogan, il nous vient, via l'anglais, du gaelique écossais gairm sluagh (cri d'un clan). Attendons maintenant pour savoir s'il vaut mieux avoir un slogan en anglais plutôt qu'une devise en français !

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QWANT, alternative à GOOGLE ! (source Nice-Matin)

 

Qwant, moteur de recherche niçois qui respecte la vie privée, augmente son capital de 18,5 millions d'euros auprès de la Caisse des dépôts et consignation et du géant du numérique allemand Axel Springer. Éric Léandri, cofondateur et directeur général de Qwant, propose une alternative européenne en défendant la création de données en Europe, pour le moment bien faible face aux géants des autres continents. Avec les 20 millions qu’elle avait obtenus auprès de la banque européenne d'investissement, l’entreprise fait rentrer 38,5 millions de cash.

Eric Léandri : "Nous allons pouvoir déployer plus de serveurs et surtout embaucher 50 personnes dans le Sud de la France cette année, 100 l’an prochain, pour atteindre un effectif de 200 personnes en 2018, dit-il. Le but est d’être 1.000 en 2021, de faire 500 millions de chiffre d’affaires et d’obtenir entre 5 et 10% du marché européen. Tous supports confondus, Qwant était à neuf millions de visiteurs uniques en janvier de l’année dernier, nous avons passé les 32 millions ce mois-ci, précise le directeur général. Nous avons triplé et c’est notre objectif: avoir une croissance à 300% par an. Pour continuer sur cette courbe, il nous fallait embaucher et nous agrandir. Et donc avoir du cash. Il faut faire en sorte que les données présentes sur un moteur de recherche servent à tout le monde, qu’elles servent un écosystème, développe-t-il. On veut qu’elles puissent être partagées ici, investir dans des startups qui se développent ici, en Europe plutôt que de nourrir l’économie d’autres pays, ailleurs. Tout cela en conservant nos règles de liberté et de vie privée."

Et quand on voit ce qui se passe aux États-Unis en ce moment, avoir un moteur de recherche indépendant, qui ne traque pas son utilisateur, prend tout son sens et assure le futur de notre économie.

Il faut de la donnée européenne, de l’index européen pour assurer le futur de notre économie, avec des applications ancrées ici. Ne pas être que des faiseurs de technologie, qui se vendront quelques millions là où le business des données se chiffre en milliards.

Une nouvelle appli qui embarque tout l’écosystème des acteurs de la vie privée, des visiteurs uniques en expansion sur le moteur de recherche, les signaux de Qwant sont au vert.

Autre bonne nouvelle de la semaine, Jean-Vincent Placé, le secrétaire d’Etat chargé de la Réforme de l’Etat et de la simplification a autorisé l’installation de Qwant dans la fonction publique, laissant ainsi le choix de leur moteur de recherche aux usagers.

"Ils sont quatre millions, précise Eric Léandri. Si tout le monde l’utilise, notre chiffre d’affaires grimpera en flèche et les impôts reversés à l’État aussi." Ce qu’on appelle du gagnant gagnant.

Souhaitons bon vent à Qwant, que j'ai installé sur ma messagerie avec mozilla !

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la langue française mieux défendue par un espagnol d'origine et une française ultra-marine

Le débat opposant Benoit Hamon et Manuel Vals a montré que ce dernier, à nouveau, se montre sensible au problème, tandis que son rival, au contraire, se targue de parler couramment l'anglais. De même, Annick Girardin, ministre de la fonction publique, réagit avec vigueur contre l'envahisement de l'anglo-américain. Remarquons qu'il faut être d'origine étrangère ou français d'une contrée éloignée de l'hexagone pour défendre la langue de Hugo. Il serait bon, qu'entre les domaines fondamentaux qu'aborderont les candidats à l'élection présidentielle, un temps soit consacré à la langue des pays francophones et aux autres langues dont les locuteurs auraient intérêt à réfléchir aux conséquences de l'hégémonie prise ou que tend à prendre la langue anglo-américaine.

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Xi Jinping signal du halte au tout-en-anglais

Au Forum Économique Mondial de Davos, le président chinois se présente comme le chantre d’une mondialisation rééquilibrée et prévient que personne n’émergera en vainqueur d’une guerre commerciale. Xi Jinping a prononcé son discours, très applaudi des élites du monde économique, en chinois ! C’est peut-être à ce moment que commence vraiment le « halte au tout-en –anglais » Il est grand temps que l'Europe plurilingue, l'Europe de la traduction se réveille, avant d'apprendre le mandarin...

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L'Académie européenne des langues et de la traduction selon Camille de Toledo

C'est en italien qu'Antonio Tajani, nouveau président du Parlement européen prononce son discours et illustre ainsi le multilinguisme intégral de cet organisme. Les non adeptes de la langue de Dante branchent leur traduction simultanée et les 24 langues officielles sont à égalité de traitement. Camille de Toledo, dans Le Hêtre et le Bouleau, reprend la phrase d'Umberto Eco, La langue de l'Europe, c'est la traduction. En conclusion de son essai, il expose son programme pour une utopie linguistique : créer une académie européenne des langues et de la traduction, un manuel d'histoire européenne unique et un fonds européen pour la traduction croisée, l'objectif étant d'arriver en 2 générations à une société de traducteurs. Voici le détail de son programme :

- Création d’une académie européenne de la traduction : pour établir le socle de savoirs et de connaissances de la « langue commune de l’Europe, pour constituer un corpus d’œuvres à traduire, pour définir les priorités de la traduction en Europe et définir les lacunes de la traduction dans les domaines scientifique et artistique ; ses travaux étant relayés dans les différents pays…

- Élaboration d’un manuel d’histoire européenne, en considérant que soient réunies les conditions d’élaboration d’une Histoire libérée de l’obsession des nations, une histoire européenne des diasporas, des traductions, des influences réciproques…

- Création d’un fonds européen pour la traduction croisée, c’est-à-dire non plus une traduction bipolaire, mais une circulation dans un espace commun à plusieurs langues, pour favoriser les traductions d’œuvres en phase avec les objectifs de l’Académie, pour subventionner des écoles de traduction, des formations d’enseignants, pour développer progressivement des pédagogies multilingues avec pour objectif quatre langues parlées et comprises à la fin de l’enseignement secondaire, le cours de traduction étant une matière principale...

Camille de Toledo, écrivain proche des linguistes et traducteurs, fixe à 2040 le moment où les traducteurs, nos enfants, en passant par la langue des autres,parviendront à entendre la langue des autres ... à s'émouvoir d'un discours dans les langues des autres... un commun sera né.

 

 

 

 

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Antonio Tajani et le parlement européen à Strasbourg

 « En ce qui concerne le siège de Strasbourg, il y a un traité, il y a la Cour de justice qui a dit ce qu’il faut faire, donc il faut respecter les règles. Moi, je respecterai toujours les règles des traités », c'est en ces termes que le nouveau président du Parlement Européen a coupé court au serpent de mer d'établir le siège unique à Bruxelles

 

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ERASMUS fête ses 30 ans à Paris

Créé par les institutions européennes, ce programme permet aux étudiants d’effectuer pendant une année une partie de leurs études dans un autre établissement scolaire européen. Plus de 3 millions d’étudiants en ont déjà bénéficié. Le nom du programme vient du néerlandais Didier Érasme, né vers 1469 à Rotterdam et mort à Bâle en 1536, théologien reconnu pour son érudition humaniste, marquée par ses voyages à travers l’Europe, qu’il rêvait pacifiée et rayonnante de culture gréco-latine. ERASMUS est un acronyme pour « EuRopean Action Scheme for the Mobility of University Students » (« Programme d'action européen pour la mobilité des étudiants »). On voit qu’en 1987 l’anglais était déjà privilégié pour dénommer un programme, tant mieux pour Érasme, car si le français ou une autre langue latine avait été choisie, il aurait fallu trouver un nom commençant par P…

Ce programme est ouvert aux jeunes des 28 états membres de l’UE, ainsi que l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège. La Suisse, ayant eu la bonne idée de voter pour l’instauration de quotas limitant le nombre d’européens travaillant dans la Confédération, s’est vue exclue du programme en 2014. Alors que la Macédoine et la Turquie y ont droit depuis 2014, grâce à leur procédure d’adhésion à l’UE.

 

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Merci France-Info, pour Jeanneney et Huppert, mais quand même une question sur Assad…

De bon matin, l’ancien président de Radio-France, Jean-Noël Jeanneney, en défendant avec autant de pertinence la francophonie m’a mis de bonne humeur, autant que la récompense décernée à Isabelle Huppert à Los Angeles pour son rôle dans le film « Elle », de Paul Verhoeven. Par ailleurs, bravo à France-info pour l'entretien exclusif avec le président syrien Bachar El-Assad, mais pourquoi l’entend-on parler anglais, alors qu’il a appris plus de français que d'anglais à l’école laïque et à l’école « Le Frère » de Damas pendant son enfance dans les années 70 ?

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Julia Kristeva : Homo Europaeus, le multilinguisme pour une nouvelle identité européenne

La philosophe loue le plurilinguisme européen et analyse les défis qui guettent les 28. L’Europe est une entité politique qui parle plus de langues qu’elle ne comporte de pays. Ce multilinguisme est le fond de la diversité culturelle. Il faut le sauvegarder, le respecter – et avec lui les caractères nationaux –, mais aussi l’échanger, le mélanger, le croiser. Cette nouveauté mérite réflexion.

La diversité linguistique européenne est en train de créer des individus kaléidoscopiques capables de défier le bilinguisme du globish english. Est-ce possible ? Tout prouverait le contraire aujourd’hui. Pourtant, une nouvelle espèce émerge peu à peu : un sujet polyphonique, citoyen polyglotte d’une Europe plurinationale. Le futur Européen sera-t-il un sujet singulier, au psychisme intrinsèquement pluriel, trilingue, quadrilingue, multilingue ? Ou se réduira-t-il au globish ?

L’espace plurilinguistique de l’Europe appelle plus que jamais les Français à devenir polyglottes, pour connaître la diversité du monde et pour porter à la connaissance de l’Europe et du monde ce qu’ils ont de spécifique. Ce que je dis du français est évidemment valable pour les autres langues de la polyphonie européenne à 28. C’est en passant par la langue des autres qu’il sera possible d’éveiller une nouvelle passion pour chaque langue (le bulgare, le suédois, le danois, le portugais…). Celle-ci sera reçue alors non comme une étoile filante, folklore nostalgique ou vestige académique, mais comme l’indice majeur d’une diversité résurgente.

Les nations européennes attendent l’Europe, et l’Europe a besoin de cultures nationales fières d’elles-mêmes et valorisées, pour réaliser dans le monde cette diversité culturelle dont nous avons donné le mandat à l’Unesco. Une diversité culturelle nationale est le seul antidote au mal de la banalité, cette nouvelle version de la banalité du mal. L’Europe « fédérale » ainsi comprise - et aucune autre entité étatique supranationale - pourrait jouer alors un rôle important dans la recherche de nouveaux équilibres mondiaux.

L’Europe est loin d’être homogène et unie. D’abord, il est impératif que la « Vieille Europe », et la France en particulier, prennent vraiment au sérieux les difficultés économiques et existentielles de la « Nouvelle Europe ». Mais il est nécessaire aussi de reconnaître les différences culturelles, et tout particulièrement religieuses, qui déchirent les pays européens à l’intérieur d’eux-mêmes et qui les séparent entre eux. Il est urgent d’apprendre à mieux respecter ces différences (je pense à l’Europe orthodoxe et musulmane, au malaise persistant des Balkans, à la détresse de la Grèce dans la crise financière).

Besoin de croire, désir de savoir : Parmi les multiples causes qui conduisent aux malaises actuels, il en est un que les politiques passent souvent sous silence : il s’agit du déni qui pèse sur ce que j’appellerais un « besoin de croire » pré-religieux et pré-politique universel, inhérent aux êtres parlants que nous sommes, et qui s’exprime comme une « maladie d’idéalité » spécifique à l’adolescent (qu’il soit de souche ou d’origine immigrante).

Contrairement à l’enfant curieux et joueur, en quête de plaisir et qui cherche d’ « où il vient », l’adolescent est moins un chercheur qu’un croyant : il a besoin de croire à des idéaux pour dépasser ses parents, s’en séparer et se dépasser lui-même (j’ai nommé l’adolescent troubadour, croisé, romantique, révolutionnaire, tiers-mondiste, extrémiste, intégriste). Mais la déception conduit ce malade d’idéalité à la destruction et à l’autodestruction, par dessous ou à travers l’exaltation : toxicomanie, anorexie, vandalisme, d’un côté, et ruée vers les dogmes extrémistes fondamentalistes de l’autre. Idéalisme et nihilisme : ivre d’aucune valeur et martyr de l’absolu paradisiaque se côtoient dans cette maladie d’idéalité, inhérente à toute adolescence, et qui explose dans certaines conditions chez les plus fragiles. On en connaît la figure récente présentée par les médias : la cohabitation entre trafic mafieux et exaltation djihadiste qui sévit aujourd’hui à nos portes, en Afrique, en Syrie. Si une « maladie d’idéalité » secoue la jeunesse, et avec elle le monde, l’Europe pourrait-elle proposer un remède ? De quel idéal est-elle porteuse ? Le traitement religieux du mal être, de l’angoisse et de la révolte se trouve lui-même inopérant, inapte à assurer l’aspiration paradisiaque de ce croyant paradoxal, nihiliste, qu’est l’adolescent désintégré, désocialisé dans l’impitoyable migration mondialisée. À moins que ce fanatique que nous rejetons, indignés, ne nous menace de l’intérieur. C’est l’image que donnent certains aspects de la « révolution de jasmin », déclenchée par une jeunesse avide de liberté, d’idéaux émancipateurs et de reconnaissance de sa dignité singulière. Mais qu’un autre besoin de croire, fanatique, est en train d’étouffer.

L’Europe se trouve devant un défi historique. Est-elle capable d’affronter cette crise de la croyance que le couvercle de la religion ne retient plus ? Le terrible chaos lié à la destruction de la capacité de penser et de s’associer, que le tandem nihilisme-fanatisme installe dans diverses parties du monde, touche au fondement même du lien entre les humains. C’est la conception de l’humain forgée au carrefour grec-juif-chrétien avec sa greffe musulmane, cette inquiétude d’universalité singulière et partageable, qui semble menacée. L’angoisse qui fige l’Europe en ces temps décisifs exprime l’incertitude devant cet enjeu. Sommes-nous capables de mobiliser tous les moyens, juridiques et sécuritaires comme économiques, sans oublier ceux que nous donne la connaissance des âmes, pour accompagner avec la délicatesse de l’écoute nécessaire, avec une éducation adaptée et avec la générosité qui s’impose, cette poignante maladie d’idéalité qui déferle sur nous et qu’expriment, en Europe même, les adolescents des zones de non droit de manière dramatique, et pas seulement eux ?

Au carrefour du christianisme (catholique, protestant, orthodoxe), du judaïsme et de l’islam, L’Europe est appelée à établir des passerelles entre les trois monothéismes – à commencer par des rencontres et des interprétations réciproques, mais aussi et surtout par des élucidations et transvaluations inspirées par les sciences humaines. Plus encore, constituée depuis deux siècles comme la pointe avancée de la sécularisation, l’Europe est le lieu par excellence qui pourrait et devrait élucider le besoin de croire. Mais les Lumières, dans leur précipitation à combattre l’obscurantisme, en ont négligé et sous-estimé la puissance.

 Une culture des droits des femmes : Depuis les Lumières jusqu’aux suffragettes, en passant par Marie Curie, Rosa Luxembourg, Simone de Beauvoir et Simone Weil, l’émancipation des femmes par la créativité et par la lutte pour les droits politiques, économiques et sociaux, qui se poursuit aujourd’hui, offre un terrain fédérateur aux diversités nationales, religieuses et politiques des citoyennes européennes. Ce trait distinctif de la culture européenne est aussi une inspiration et un soutien aux femmes du monde entier, dans leur aspiration à la culture et à l’émancipation. Récemment, le Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes a été décerné à la jeune pakistanaise Malala Yousafzai, gravement blessée par les talibans parce qu’elle réclamait dans son blog le droit des jeunes filles à l’éducation. Contre la déclinologie ambiante, face aux deux monstres que sont le verrouillage du politique par l’économie et par la finance, et l’autodestruction écologique, en train de mettre KO la globalisation, l’espace culturel européen pourrait être une réponse audacieuse. Peut-être la seule qui prend au sérieux la complexité de la condition humaine dans son ensemble, les leçons de sa mémoire et les risques de ses libertés.

Pour mettre en évidence les caractères, l’histoire, les difficultés et les potentialités de la culture européenne, imaginons quelques initiatives concrètes : organiser à Paris un Forum européen sur le thème « Il existe une culture européenne », avec la participation d’intellectuels écrivains et artistes éminents des 28 pays européens et représentant ce kaléidoscope linguistique, culturel, religieux. Il s’agirait de penser l’histoire et l’actualité de cet ensemble pluriel et problématique qu’est l’UE, de les mettre en question et d’en dégager l’originalité, les vulnérabilités et les avantages. Ce Forum conduirait à la création d’une Académie ou d’un Collège des cultures européennes[1], voire d’une Fédération des cultures européennes, qui serait le tremplin et le précurseur de la Fédération politique. Le multilinguisme sera, dans l’intimité de ceux qui l’habitent, un acteur majeur de ce rêve.

Julia Kristeva, lors de la rencontre internationale « Europe ou le chaos », à Paris, le 28/01/2013.

 

 

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Alain Decaux : "Mario Soares, ma patrie, c'est ma langue"

C'est le 16 octobre 2001 qu'Alain Decaux fait son discours d'entrée à l'Académie Française. Il cite Mario Soares, président du Portugal issu de la révolution des oeillets, qui avait dit "ma patrie, c'est ma langue". Alain Decaux se plaît également à citer l'ancien ministre Hubert Védrine qui nous fait prendre conscience que la langue est un sujet identitaire vital, c'est notre disque dur ! Alain Decaux lance un cri d'alarme sur le déclin constaté du français. Voici le texte de son intervention : 

Ce cri d'alarme, chargé de détresse et parfois de colère, nous l'entendons chaque jour et partout : le français perd sa place dans le monde ! Le français est en déclin !

Est-ce une vue de l'esprit ? Les principales associations de défense et de promotion du français, réunies en mai dernier, ont dressé un bilan qui est un réquisitoire : l'anglo-américain gagne du terrain dans l'économie, la publicité, la recherche, les services publics, l'armée, l'enseignement, les institutions internationales. (...)

Si la situation se dessine aussi sombre, le XXIe siècle pourra-t-il - ou non - proposer des solutions pour inverser le mouvement que l'on dénonce ? Il y a quelques années, Mario Soares, président de la République portugaise, déclara : "Ma patrie, c'est ma langue." Ces mots m'ont touché au vif. Qui souhaiterait que l'on mît à mal sa patrie ? J'ai éprouvé le même sentiment, cette fois nuancé d'un sourire, quand Hubert Védrine, notre ministre des affaires étrangères, interpellé à propos des mêmes dangers, a répondu : "La langue, c'est un sujet identitaire vital, c'est notre disque dur."

Sans s'être donné la main, l'un et l'autre nous ont rappelés à notre devoir.

Jusqu'à une époque relativement récente, le français est resté la langue diplomatique, et la communauté internationale s'en est enchantée. En 1905, le traité de paix russo-japonais fut rédigé en français. Tant il est vrai que notre langue, par sa clarté, par sa précision, apparaissait tel un instrument unique. L'abandon de cette tradition universelle est malheureusement le fait d'un Français, et l'un des plus grands : Georges Clemenceau. Il a voulu, pour rendre hommage à nos alliés britanniques et américains, que le traité de Versailles fût rédigé en français et en anglais. Ce premier abandon peut être considéré comme étant à l'origine de beaucoup d'autres.

Que les conseils d'administration de firmes françaises, dont les membres sont tous français, siègent en n'utilisant que l'anglais ne peut se soutenir par aucun argument. Que la correspondance d'entreprises françaises soit rédigée exclusivement en anglais ne s'explique pas davantage. Que des congrès ou colloques, réunissant essentiellement des Français, se tiennent en anglais sur notre territoire choque même des étrangers.

Je sais bien, au moins en matière scientifique, que des arguments peuvent être présentés. J'entends encore le professeur Hamburger, qui fut mon ami, me confier, navré : "Pendant les trois quarts de ma carrière, je me suis exprimé en français dans les congrès. J'ai tenu le plus longtemps possible. Quand j'ai constaté, dès ma première phrase, que la salle se vidait aux trois quarts, je me suis résigné. Si je prenais la parole, c'était pour exposer le résultat des recherches menées en France. Fallait-il qu'elles passent inaperçues ou restent ignorées ?"

Ce problème sera-t-il résolu au XXIe siècle ? On voit les machines à traduire accomplir de tels progrès qu'on peut l'espérer. En sera-t-il de même de la place du français dans les organisations internationales ? Le français est une des langues de travail de l'ONU mais 90 % des documents y sont rédigés en anglais. Dans le cadre des institutions européennes, si l'anglais et le français gardent la priorité, l'usage de l'anglais l'emporte si généralement que les représentants français avouent être obligés de s'y rallier. Comment, face à un tel tableau, espérer remonter la pente sur laquelle nous nous sommes laissés glisser ?

Le français se trouvera-t-il un jour dans la situation de ces langues indiennes d'Amérique dont Chateaubriand disait que seuls les vieux perroquets de l'Orénoque en avaient gardé le souvenir ?

Je n'hésite pas à l'affirmer : j'attends beaucoup du XXIe siècle.

Ce qui pourra sauvegarder la langue française, c'est paradoxalement l'uniformisation de la langue anglaise. Car le langage si pratique que l'on utilise déjà partout dans le monde est de moins en moins de l'anglais. C'est une langue nouvelle, née de l'anglo-américain, dont les racines sont anglaises, mais qui foisonne de néologismes, d'approximations, de déformations. Ce n'est plus une langue de culture. Les langues et les cultures sont inséparables. Nos petits-enfants devront parler l'anglo-américain, devenu l'espéranto de notre siècle, car leur réussite éventuelle en dépend. Mais il leur faudra, s'ils veulent connaître Shakespeare, Wilde ou Joyce, revenir à la langue anglaise dans ce qu'elle recèle de richesse, de beauté et de dons créatifs. Chacun, en Europe, devra défendre sa langue, y compris les Britanniques.

Il faut relire Claude Hagège qui estime que les 5 000 langues parlées dans le monde ne seront bientôt plus que 500 et qu'elles sont déjà potentiellement menacées, voire condamnées, par la mondialisation. Face à l'anglo-américain, ajoute-t-il, "il faut réagir sans complexe".

Voilà ce que nous demandons au XXIe siècle : réagir. Et d'abord par un retour à la pureté du français. Il s'est beaucoup abîmé au cours des dernières années du XXe. Retrouvons l'usage de ce que nos instituteurs appelaient le "bon français". Débarrassons-le des scories accumulées et de ce charabia que nous devons malheureusement à certains pédagogues. Confirmons en même temps sa mobilité : une langue immobile est une langue qui agonise.

Ce qui doit nous frapper, c'est que la nôtre s'enrichit dans des proportions jamais constatées jusqu'ici. La 8e édition du Dictionnaire de l'Académie française, parue avant la seconde guerre mondiale, comportait 32 000 mots. Celle qui s'achèvera au XXIe siècle en comportera 55 000. Plus de 20 000 mots nouveaux en soixante-quinze ans !

Ce que nous imposera le XXIe siècle, c'est l'intégration de verbes, de substantifs et d'adjectifs nés du nouvel argot : le verlan. Ainsi trouve-t-on déjà, dans le Petit Robert comme le Petit Larousse, le mot "ripou", verlan de pourri. Un film, Les Ripoux, l'a popularisé. En lui accordant le x au pluriel, les producteurs l'ont introduit dans l'inoubliable série : bijou, chou, genou...

Ainsi en sera-t-il des mots "beur" et "meuf" auxquels, d'ores et déjà, les lexicographes ont accordé le droit de cité. L'argot d'autrefois était un code secret, celui du milieu. L'argot d'aujourd'hui, véhiculé par la toute-puis- sance des médias, s'impose bien au-delà des banlieues et l'attraction qu'il exerce sur les milieux scolaires de toutes classes sociales, ne fera que confirmer, au XXIe siècle, la force grandissante du langage parlé. Il sera vain de vouloir le combattre car le langage parlé est celui qui, depuis les origines, a précédé le langage écrit.

On doit penser aussi que le XXIe siècle verra s'accélérer un certain nombre de tendances déjà fortement esquissées à la fin du XXe. Nous allons de plus en plus accentuer le e muet, jusques et y compris quand il n'existe pas : chaque jour, nous entendons déjà parler du "matcheux" qui oppose telle ou telle équipe. Les liaisons, déjà en perdition, risquent de se réduire à rien. L'imparfait du subjonctif, fort menacé depuis longtemps, et plus encore le plus-que-parfait vont disparaître du français parlé et, à terme, du français écrit.

Simples constats, en vérité. Il faut que, dans nos écoles, nos collèges, nos lycées, le XXIe siècle revienne à la lecture des grands textes que l'on a abandonnée au profit d'une analyse souvent stérile. Car c'est en eux que repose l'espérance d'un français remis sur les rails. L'image de la France qui a fasciné des millions d'étrangers, n'est-ce pas à travers nos auteurs qu'ils l'ont découverte ? Dans la salle commune d'une petite ferme de Roumanie, j'ai vu un exemplaire des Misérables - en français. Et Hugo lui-même a eu raison de dire, à propos d'Alexandre Dumas, bientôt panthéonisé, qu'il émanait de son œuvre - la plus lue dans le monde - "cette sorte de lumière qui est celle de la France". Il aurait pu le dire de bien d'autres.

Ce capital, nous devons le gérer. Il va de Ronsard à Prévert en passant par Marcel Proust. C'est par leur patrimoine aussi que se défendront les langues de Gœthe, de Dante, de Cervantès - et de Shakespeare. Je rêve d'une grande alliance entre tous nos vieux pays qui s'uniront pour défendre la vraie richesse de l'Europe : la seule qui puisse répondre à l'anglais d'aéroport. Il faudra que nos pouvoirs publics s'en convainquent avant d'en convaincre les autres. Ce ne sera pas facile.

Ce qui le serait davantage, c'est de multiplier le nombre de bourses offertes aux jeunes étrangers qui souhaitent étudier dans nos universités ou même effectuer des stages dans nos entreprises. Ce genre de "placement" - j'affirme que c'en est un - fera de l'étudiant formé dans la matière qu'il aura choisie, et rentré dans son pays, un ambassadeur de la langue française pendant plusieurs décennies.

Il faudra aussi que l'on se mette dans la tête que nous disposons d'un atout que n'ont pas les autres et que l'on est en train, tranquillement, insidieusement, d'oublier. Comment a-t-on pu en arriver là ? Cet atout, c'est la francophonie. (...)

Or nous savons que le niveau de l'enseignement du français, dans plusieurs pays francophones, ne cesse de baisser. J'admire les multiples projets que la francophonie met en route. Quel sens prendront-ils si, peu à peu, dans les pays concernés et faute d'enseignants formés, le français se délite ? (...)

Il faut que l'on comprenne que la survie du français n'est pas seulement un sujet de colloque où se côtoient quelques linguistes et quelques acharnés. Il faut l'élever au rang de cause nationale. Parce que l'image de la France est en jeu et, au-delà, son rayonnement, son prestige, sa place dans le monde. (...)

par Alain Decaux, de l'Académie française.

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