Clin d’œil à Michel Serres et aux Franglaises

Aujourd’hui, dans les villes de France, il y a plus de mots anglais que de mots allemands pendant l’Occupation. Où sont donc les troupes d’occupation ? Qui sont donc les collabos ?   Ainsi s’indigne et s’interroge le philosophe Michel Serres après avoir compté 92 mots anglais pour 20 mots français sur les murs de la place de la Bastille. Son collègue américain présent se dit catastrophé pour les Français, ce qui me rappelle cette touriste américaine qui se demandait bien pourquoi la ville de Nice avait enlaidi sa promenade d’un monstrueux  I LOVE NICE  avec des lettres tricolores. Et ne parlons plus du  MADE FOR SHARING  sur la Tour Eiffel…

Cependant, Michel Serres regrette de n’avoir pas trouvé une voie rieuse pour ridiculiser les bobos collabos, comme l’eût fait Molière.

C’est justement après avoir remporté le Molière du meilleur spectacle musical en 2015, que Les Franglaises produisent leur comédie musicale ridiculisant les paroles des succès anglophones qui nous inondent depuis des décennies. Ces comédiens communiquent au public leur passion de jouer sur les mots et les langues et l’entraînent dans un délire collectif rien qu’en traduisant mot à mot les paroles originales, avec il est vrai une orchestration burlesque talentueuse.

Merci aux Franglaises ! Allons les voir et les entendre en concert !

Merci à France-info qui fait imprimer en France, à St-Amand-Montrond, le recueil des chroniques de Michel Serres et Michel Polacco intitulé « Défense et Illustration de la Langue Française Aujourd’hui », superbe clin d’œil à Joachim Du Bellay.

 


La tapisserie de Bayeux ou comment l’anglais est devenu du français

Le président Macron va prêter aux Anglais la tapisserie de Bayeux. C’est un geste exceptionnel, car le gouvernement français avait refusé ce prêt pour le couronnement de la reine Élisabeth en 1952.

Cette œuvre du XIè siècle aurait été commandée par Odon de Bayeux, le demi-frère de Guillaume le conquérant, et réalisée au cours des années qui ont suivi la conquête. Elle décrit des faits allant de la fin du règne du roi d'Angleterre, Édouard le Confesseur, en 1064, à la bataille d'Hastings, en 1066. Cette bataille a marqué la défaite de Harold Godwinson, successeur éphémère d’Édouard, par le duc Guillaume de Normandie, vassal du roi de France, Philippe 1er, trop jeune pour s’intéresser à cette affaire ! Bien que Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, descende de peuples vikings installés pour de bon dans la région de Rouen depuis le traité de Saint-Clair-sur-Epte, conclu en 911 entre le roi des Francs Charles le Simple et le chef viking Rollon, il est complètement intégré à la culture romane de l’époque. Il va donc être à l’origine d’une mutation originale de la langue anglaise, en raison de l’implantation d’une élite anglo-normande francophone qui va dominer la noblesse et le clergé de l’Angleterre pour finalement s’intégrer dans l’histoire de ce pays.

Ainsi la langue anglaise, promue à évoluer tranquillement comme ses cousines germaniques de l’Europe du nord, reçut un choc de civilisation avec ces Normands qui ont nourri leur langue de termes français qu’ils appelleront Norman-French. L’anglais gardera de son origine saxonne sa trame grammaticale, son fonctionnement et la plupart du vocabulaire, tout en amalgamant de nombreux substantifs, adjectifs et verbes français, au point de constituer de nombreux doublons, comme shy et timid, rare et scarce, rear et back, mutton et sheep, look et regard, walk et march, sheet et page, port et harbour, etc… ainsi que les systèmes de poids et mesures de l’Ancien Régime (once, denier, mile…). Cela a fait dire à l’une des cyclistes britanniques que j’ai rencontrée dans mes pédalées azuréennes que l’anglais c’était du français… Je lui laisse ce constat catégorique, tout en me rappelant que mon professeur d’allemand me disait qu’avec l’allemand et le français c’était enfantin d’apprendre l’anglais !

 

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