Intéressons-nous à la revue Direction du SNPDEN-UNSA, le principal syndicat des chefs d’établissement des collèges et lycées. Dans le n°249, Monsieur S., qui dirige un collège des Pyrénées-Orientales, décrit le cheminement qui a conduit au bi-langue pour tous. Après avoir dépassé les débats éthiques sur la répartition sociale inégalitaire des élèves, selon qu’ils ont choisi ou non l’option de 2 langues vivantes, les craintes d’un surcroît de travail contre-productif pour les élèves moins motivés, les critiques sur les moyens horaires nécessaires au projet et toutes sortes de réticences dont l’essence est peut-être enfouie dans nos cerveaux formatés par le jacobinisme et le centralisme de notre bel hexagone, le Principal est parvenu à ce que tous les élèves de la 6è à la 3è, suivent un cursus bi-langue. Pour la majorité, c’est le couple anglais-espagnol, mais un nombre suffisant d’élèves a choisi anglais-allemand et même, Barcelone rayonnant à l’horizon, anglais-catalan ! L’enseignement des langues n’étant pas une fin en soi, mais sans aucun doute une chance pour les élèves de mieux réussir leur parcours dans l’Europe et le monde à venir, Monsieur S. met en exergue les effets bénéfiques sur la communauté scolaire : d’abord, la sérénité, grâce à une gestion plus harmonieuse de la mixité sociale, puis, la réussite, que l’on observe dans les performances des élèves après la classe de seconde au lycée.

Ce que fait ce collège s’inscrit bien dans une vision européenne plurilingue. D’autres établissements le réalisent près de l’Italie et près de l’Allemagne. La proximité du pays voisin favorise la prise de conscience du défi à relever. Il serait bon que ces exemples aident à généraliser cette prise de conscience jusqu’au plus profond de la France et… au cœur et au cerveau de sa capitale censée gouverner !

Ainsi, en agissant de la sorte, on peut espérer que la prépondérance accordée à la langue anglaise, vecteur d’une uniformisation culturelle par trop américanisée, soit compensée par le désir de promouvoir le multiculturalisme de notre continent. Apprendre la langue de l’autre, c’est mieux le comprendre, mieux se faire comprendre et l’amener à apprendre notre langue ! C’est aussi, comme l’évoque le principal pour son collège, un gage de sérénité et de réussite pour notre continent et le monde de demain !